En Turquie, les femmes sont désormais presque aussi nombreuses que les hommes dans l’enseignement secondaire et supérieur. Pourtant, leur taux de participation au marché du travail reste parmi les plus bas de l’OCDE. Ce décalage entre niveau d’études et insertion professionnelle constitue le point de tension central pour comprendre la situation des femmes turques en 2026 : un capital éducatif en hausse, une indépendance financière qui ne suit pas.
Scolarisation et emploi des femmes turques : les chiffres qui divergent
Le rapport du Trésor français sur l’autonomisation des femmes en Turquie fournit une base comparative parlante. Le tableau ci-dessous met en regard les progrès éducatifs et la réalité du marché du travail.
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| Indicateur | Femmes | Hommes | Source / Année |
|---|---|---|---|
| Taux de scolarisation secondaire | 82,4 % | 82,7 % | Trésor français, données 2016 |
| Scolarisation secondaire (2005) | 52 % | 61,1 % | Trésor français, données 2005 |
| Scolarisation supérieure vs hommes | Supérieure | Inférieure | Trésor français, données 2016 |
| Taux d’activité | 37,6 % | Non précisé | Trésor français, données 2017 |
| Classement Global Gender Gap | 131e sur 144 pays | Forum économique mondial, 2017 | |
L’écart saute aux yeux. En une décennie, la scolarisation secondaire féminine a gagné plus de 30 points. Les femmes ont même dépassé les hommes dans l’enseignement supérieur. En revanche, le taux d’activité féminin stagnait à 37,6 %, un niveau très en dessous de la moyenne des pays comparables.

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Diplômes féminins en Turquie : pourquoi la transition vers l’emploi bloque
La Banque mondiale identifie un phénomène précis : la création d’emplois qualifiés ne suit pas le rythme de l’augmentation du niveau d’études des jeunes femmes. Le résultat se traduit par trois situations récurrentes.
- Des emplois en dessous du niveau de qualification obtenu, où des diplômées du supérieur occupent des postes qui n’exigent pas leur formation
- Une inactivité contrainte liée à l’absence de structures de garde d’enfants abordables, ce qui pousse des femmes qualifiées hors du marché du travail
- Un découragement progressif face à la recherche d’emploi, qui finit par les exclure des statistiques d’activité
Ce phénomène de sous-utilisation des diplômes touche particulièrement les filières où les femmes turques progressent le plus. Depuis 2022, plusieurs réformes de l’enseignement supérieur ont encouragé l’ouverture de filières STEM et technologiques aux étudiantes. La part des femmes dans certains cursus d’ingénierie et d’informatique a augmenté.
Leur transition vers des postes stables et bien rémunérés dans ces secteurs reste plus lente que celle de leurs homologues masculins, selon les analyses régionales de la Banque mondiale. Le diplôme ouvre une porte, mais le marché du travail turc ne propose pas assez de postes correspondants.
Garde d’enfants et travail domestique : le verrou de l’indépendance financière des femmes turques
Le rapport du Trésor français pointe deux freins structurels qui expliquent une large part du décrochage entre éducation et activité professionnelle. Le premier concerne les services de garde d’enfants, jugés peu abordables ou de faible qualité. Le second porte sur la répartition inégale du travail reproductif, c’est-à-dire l’ensemble des tâches domestiques et de soin aux proches.
Ces deux facteurs se renforcent mutuellement. Sans solution de garde accessible, la charge retombe sur les femmes. Cette charge limite leur disponibilité pour un emploi salarié, et réduit leur accès à un revenu propre.
La Banque mondiale insiste sur un double frein à l’indépendance financière des femmes turques diplômées. D’un côté, le secteur privé peine à créer suffisamment d’emplois de qualité. De l’autre, les contraintes domestiques empêchent celles qui ont les compétences d’accéder aux postes disponibles.
Ce type d’initiative ciblant le versant employeur reste limité dans ses effets, car les résultats dépendent de la volonté des entreprises à modifier leurs pratiques de recrutement et d’organisation du travail.

Inclusion financière en Turquie : l’écart femmes-hommes persiste
En Turquie, les femmes restent moins bancarisées que les hommes, ce qui limite directement leur capacité à épargner, investir ou lancer une activité.
L’accès à un compte bancaire n’est pas un détail administratif. La Banque mondiale le présente comme un levier pour réduire la pauvreté en favorisant l’émancipation économique des femmes au sein de leur foyer. Sans compte propre, une femme dépend financièrement de son conjoint ou de sa famille, quel que soit son niveau d’études.
La pandémie a accentué ces écarts. Selon le Forum économique mondial dans son rapport 2024, la participation des femmes turques au marché du travail stagne voire recule légèrement depuis cette période, alors que plusieurs pays de l’OCDE ont amorcé une reprise plus nette. L’écart entre la Turquie et la moyenne de l’OCDE en matière d’emploi féminin s’est donc creusé.
Le Sommet mondial des Femmes prévu à Istanbul en 2026 placera ces questions au centre des discussions. La Turquie accueillera cet événement dans un contexte où ses propres indicateurs d’égalité professionnelle restent parmi les plus faibles de la zone OCDE.
L’éducation des femmes turques a rattrapé celle des hommes, parfois même dépassé. Leur place dans l’économie reste en retrait : un taux d’activité féminin qui plafonne autour d’un tiers de la population active, face à un taux de diplômées du supérieur qui dépasse celui des hommes.

