Imaginez une Parisienne aguerrie, usée par l’agitation urbaine, qui décide, enfin, de troquer le bitume pour la côte bretonne. Plusieurs années dans la capitale, une vie rythmée entre la ville et sa proche banlieue, puis un grand saut : Marjolaine quitte Paris pour vivre à Lorient avec son mari et leurs enfants. Ce choix n’est pas tombé du ciel : il a mûri, patienté, puis s’est imposé. Merci à Marjolaine d’avoir accepté de raconter cette aventure.
La vie à Paris
À quoi ressemblait ta routine quotidienne ?
MARJOLAINE : Les dernières années, mon quotidien était centré autour du télétravail à la maison, en proche banlieue, une ambiance bien différente du cœur parisien. Mais avant d’avoir les enfants, l’énergie était différente : je vivais dans le 19ème arrondissement et je prenais le métro tous les jours pour rejoindre le travail. Les amis étaient du quartier, on se retrouvait régulièrement chez les uns et les autres. L’été, on passait des soirées à jouer aux boules au bord du canal, à courir au Parc de la Villette. Bref, on profitait à fond de la vie de quartier.
Qu’aimais-tu à Paris ?
MARJOLAINE : Cette énergie propre à Paris me plaît toujours autant. J’ai adoré arpenter la ville, explorer ses quartiers, sentir l’atmosphère différente à chaque coin de rue.
Est-ce que tu profitais beaucoup de l’offre culturelle de la capitale ?
MARJOLAINE : Avec les enfants, c’est devenu plus ponctuel. Mais dès que des amis passaient à Paris, on en profitait pour aller voir les musées et les incontournables que, finalement, on reporte tout le temps. Trop de facilité à portée de main, et souvent on laisse filer les occasions.
Vivre en Bretagne : un choix mûri
Tu pensais partir depuis un moment. Qu’est-ce qui a pesé dans la balance ?
Ma rencontre avec mon mari a tout changé. Il venait de Bretagne et m’y a emmenée pour la première fois : révélation immédiate. Dès le début, on s’est dit qu’avec des enfants, on quitterait Paris pour retrouver la Bretagne.
L’arrivée des enfants a tout déclenché. On a pris la décision de façon sérieuse. Même avec un appartement spacieux, l’espace manquait. On voulait du vert, de l’horizon, une respiration. Je supportais de moins en moins les transports bondés et la foule. À chaque retour de congés, j’avais la sensation d’enfermer nos enfants, comme si tout le monde attendait les prochaines vacances pour respirer à nouveau.
La Bretagne t’attirait, pourquoi cette région précisément ?
Bretagne, c’est une évidence. Je suis tombée amoureuse de la lumière, de la mer, de la campagne. Une partie de la famille était déjà là, des amis aussi, ça compte beaucoup. Lorient s’est imposé naturellement : c’est la ville de mon beau-père, là où mon mari a grandi.
S’installer dans une nouvelle région
Le déménagement : comment ça s’est passé ?
MARJOLAINE : Ce projet, on l’a mûri pendant cinq ans. Quand on a acheté en banlieue, on s’était fixé la date pour partir, cinq ou six ans plus tard. Même si certains ne prenaient pas forcément notre projet au sérieux, on s’est accrochés à cette envie. Cette ténacité a tout changé.
Pour le travail, comment avez-vous fait ?
Il a fallu revoir nos modes de travail du tout au tout. Mon mari, technicien audiovisuel, a fondé sa société de production audiovisuelle. De mon côté, j’ai quitté le journalisme pour adopter le statut d’auteur et travailler en ligne avec divers clients. On a fait évoluer nos métiers pour rendre possible ce changement. Aujourd’hui, le numérique ouvre clairement la voie à beaucoup plus de mobilité géographique.
Tu avais déjà démarré ton blog à ce moment-là ?
MARJOLAINE : Mon blog, marjoliemaman.com, existait déjà, il a vu le jour à la naissance de mon fils en 2008. Ce blog m’a permis de décrocher mes premiers contrats. Il s’est révélé être un vrai tremplin professionnel.
Tu avais des enfants petits au moment du départ. Comment ont-ils vécu le changement ?
Ils étaient très enthousiastes. Mon aîné avait trois ans et demi, la petite 19 mois. Découvrir la maison, pouvoir courir, faire du bruit sans se soucier des voisins, c’était la liberté. Le jardin est devenu un univers à explorer, rempli de découvertes, et ça ne change pas avec le temps.
L’adaptation s’est faite sans heurt : mon fils a fait sa première rentrée à Lorient, sans bouleversement dans ses liens d’amitié. Et, détail révélateur, en deux mois ils ont tous deux pris une pointure. Ils ont grandi d’un coup et, cet hiver-là, ils ont été largement moins malades qu’avant.
Qu’est-ce qui aurait pu te faciliter la transition, ou t’a manqué à l’arrivée ?
Honnêtement ? Rien. On est arrivés avec nos emplois, la famille était proche, et la maison pour laquelle on avait eu un coup de cœur était même au-dessus de nos attentes. Aucun accroc, tout s’est enchaîné avec une telle fluidité qu’on avait presque l’impression que cette trajectoire nous attendait depuis toujours.
Nouvelle vie à Lorient
Et côté budget, que fais-tu aujourd’hui ?
MARJOLAINE : Je continue comme auteur pour plusieurs marques, j’écris aussi des guides pratiques. Mon blog marjoliemaman.com se poursuit, et j’ai co-fondé Wonderful Breizh avec Céline du blog Merci pour le Chocolat. On y partage nos journées en Bretagne, recettes, découvertes, bricolage… Peut-être que tout ça aurait été possible depuis Paris à l’exception de Wonderful Breizh, forcément lié au territoire.
Ta vie aujourd’hui, en quoi change-t-elle de celle à Paris ?
La différence est flagrante, particulièrement sur le rythme. Les journées sont bien remplies, mais on a le sentiment de disposer de plus de temps, d’expérimenter un mode de vie plus doux. Les enfants sont nettement moins malades et le dernier, né à Lorient, pète la forme.
Mon mari fait encore des allers-retours à Paris chaque semaine, mais paradoxalement, on passe plus de temps ensemble quand il est là. Ces moments prennent de la valeur.
Qu’est-ce qui te manque de Paris ?
À Paris, il me manque les sushis livrés à toute heure, les films en VO au cinéma, et surtout mes amis. Pour le reste, franchement, aucun regret vis-à-vis de la vie parisienne.
La maison rayonne de calme. Le contact avec la nature, la campagne, la grande ferme apportent beaucoup à tout le monde. Souvent, les amis viennent passer les vacances chez nous. Impossible d’espérer mieux.
Pour finir, un conseil à ceux qui rêvent de quitter Paris ?
Un seul conseil serait réducteur : il y en a plusieurs, à découvrir ailleurs.
Encore merci à Marjolaine d’avoir accepté de partager ce parcours. Pour prolonger la découverte de la Bretagne, foncez sur Wonderful Breizh. Et pour découvrir un autre visage d’ex-Parisien devenu Breton, songez à lire l’interview de Serge.
Crédits photo (par ordre d’apparition dans l’article) 1> Plage de Port-Maria à Larmor-Plage (près de Lorient) Touam (Hervé Agnoux) sous licence CC-by-SA 3.0 2> Portrait de Marjolaine, Magnifique Crédit Photo Breizh 3> Port de Lorient, DomainsPublico



